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A Montpellier, Daniel Di Luca, pour le syndicat général des journalistes FO, devant 3000 délégués: ”l'indépendance matér

Notre syndicat de journalistes, le SGJ-FO, vous apporte son salut fraternel.Notre secteur professionnel est aujourd’hui confronté à une situation économique et sociale catastrophique : suppressions d’emplois par milliers, gel des salaires, concentration des titres, en application des directives des Etats Généraux de la presse organisés par le gouvernement fin 2008, avec l’aval de tous les syndicats de journalistes, à l’exception de Force Ouvrière.Le résultat : quelques grands groupes se partagent  le « marché de l’information » dans la presse quotidienne régionale comme dans la presse nationale.Tout cela s’est accompagné d’un appauvrissement sans précédent des rédactions, à tous les sens du terme, par une pression de plus en plus grande sur les journalistes en termes de charge de travail et de polyvalence. Les journalistes sont de plus en plus appelés à être des « couteaux suisses » qui doivent passer indifféremment du texte, à la photo, à la vidéo, aux supports internet…Pour la première fois en 2010, le nombre de journalistes titulaires de la carte de presse en France a diminué, passant de 37300 à 37000. Suppressions d’emplois, polyvalence, déqualification, paupérisation, stress au travail, voilà le quotidien de la grande masse des journalistes aujourd’hui.Enfin, pour ceux qui ont encore un travail permanent, car le fléau principal qui affecte notre profession aujourd’hui c’est la précarité.Qu’ils soient pigistes, CDD au long cours, stagiaires, en contrat de qualification, apprentis, et maintenant auto-entrepreneurs, correspondants, c’est  près d’un tiers de la profession qui échappe au cadre statutaire conventionnel.Mais pour nos employeurs et le gouvernement, ce cadre est encore trop protecteur, il faut aller plus loin dans sa destruction pour ouvrir toutes grandes les vannes de la déréglementation, pour obtenir la fin des barèmes de branches, la mort de la clause de cession et de conscience par la mise à genoux de la Commission arbitrale des journalistes, la réduction des indemnités de licenciement…A la faveur de la constitution d’une entreprise unique à France Télévisions,  est engagée une opération visant à liquider la Convention collective nationale de travail des journalistes dans l’audiovisuel public, pour la remplacer par un « accord d’entreprise », alors qu’il s’agit d’une convention de métier étendue et intégrée au Code du travail.Les patrons refusent aussi d’appliquer la Loi Cressard (de 1974) qui reconnait les  journalistes pigistes (20 % de la profession) comme des salariés relevant de la convention collective comme les journalistes permanents. Ils ont utilisé l’effet d’aubaine de la formation avec le droit au DIF pour lancer il y a plus de 5 ans une « négociation » sur les droits à la formation des pigistes et qu’ils ont élargi à un thème plus général sur les droits globaux. Ils ont conditionné la signature de l’accord sur la formation à celui sur les droits globaux.Dès le départ le SGJ-FO a refusé la recherche de consensus avec les syndicats de journalistes dont la CFDT directement impliquée dans la manœuvre. Notre position ferme a permis qu’en novembre 2008, seule la CFDT avec la CFTC et la CGC, signent un protocole d’étape contraire à la convention collective. Nous avons été le grain de sable.Nous avons contesté le protocole devant le TGI de Paris en associant les 2 syndicats majoritaires dans la profession : le SNJ (corporatistes) et la CGT. En novembre 2009, le TGI nous a donné partiellement raison, mais a laissé passer des points majeurs incompatibles avec la convention.Nous avons donc décidé de faire appel. Nous avons été rejoints dans cette procédure par le SNJ-CGT puis plus avec hésitation (mais bien obligé) par le SNJ qui était divisé. Le jugement aura lieu au printemps 2011 alors que l’accord a été étendu par le ministère du Travail sans même prendre en compte la condamnation par le TGI en 2009 !Quel que soit le résultat du jugement, nous avons décidé de ne pas attendre car dans les entreprises et groupes, les patrons n’appliquent même pas ce qu’ils ont signé (par exemple sur la prime d’ancienneté ou la prévoyance pour le maintien de salaire en cas de congé maternité) et vont plus loin en remettant en cause des accords ou usages comme au groupe Express Roularta, à France Soir ou au Dauphiné libéré.Le 3 février nous avons organisé une conférence de défense des journalistes pigistes et précaires qui a réuni des représentants d’une trentaine de rédactions. Elle a décidé d’une lettre ouverte des pigistes aux ministres Xavier Bertrand et Frédéric Mitterrand pour exiger l’annulation de l’extension du protocole anti-pigistes et sa totale invalidation.Sur la base de cette lettre, qui fait l’objet d’une pétition en ligne, nous préparons une délégation dans les ministères concernés.Cette bataille pour la défense pied à pied de la Convention collective est une priorité pour notre profession, pour la défense de nos droits de salariés, notamment les plus jeunes et les plus précaires d’entre nous.Mais elle va au-delà. C’est aussi une bataille pour la défense d’une presse libre et pour la démocratie.Car il ne saurait y avoir d’indépendance de la presse sans indépendance des journalistes. Et il ne saurait y avoir d’indépendance des journalistes sans indépendance matérielle, et donc sans les droits et conventionnels et statutaires qui la garantissent.

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15.02.2011 | Lien permanent

Lu sur MEDIAPART

Si l'idée du journaliste, véhiculée par le mythe, renvoie à l’image d’une profession gratifiante, elle est beaucoup moins dans les faits, notamment pour les jeunes générations de journalistes, frappées par la précarité. L’abus des contrats dérogatoires, comme le CDD, ou l'emploi de plus en plus de pigistes,voire du nouveau statut d' auto-entrepreneur s'installe, à la grande inquiétude des syndicats des journalistes, comme règle, régissant, souvent illégalement, du reste, le marché du travail des médias (presse, audiovisuel...).

Cette dénonciation est le constat inquiétant d'une tentative de dérèglementation du droit du travail français du côté des patrons de nombreux médias, dans une mécanique économique impulsée par l'Union Européenne et les Etats-Unis, qui ont privilégié la flexibilité du marché du travail au détriment de la sécurité, de l'emploi et de la sécurité sociale (1).

La France, comme le prévoit la stratégie de Lisbonne élaborée en 2000 par les dirigeants européens, simplifiée et relancée en 2005 comporte un certains nombres de lignes directrices dans le domaine de l'emploi notamment l'objectif de "favoriser laflexibilité".

Favoriser outrancièrement la flexibilité

La France ne peut faire mieux tant sont élevés les taux au recours des contrats à durée déterminée (CDD) , intérim, ainsi que l'atteste le fait que les entrées à Pôle emploi sont liées engrande partie à la fin de ces contrats.

Les entreprises des médias français, parfois parmi les plus illustres, usent et abusent de cette flexibilité du travail, participant ainsi à la précarisation de milliers de journalistes...

Le marché du travail français, celui de la presse est édifiant, se caractérise par la coexistence d'une frange de salariés en CDI dont l'ancienneté en général est assez stable  et d'une masse de salariés précaires, CDD, pigistes, intérimaires, que les entreprises utilisent comme variable d'ajustement pour liquider certains chocs conjoncturels.

Alors que la différence selon les contrats se différencient en terme de protection de l'emploi, de nombreux employeurs sont incités à opter pour une politique de personnes en contrat temporaire sur un même poste, épuisant tous les moyens du droit du travail et détournant de plus en plus illégalement les règles du droit, plutôt que la transformation de ces contrats temporaires en contrats stables.

Au sein de l’entreprise qui l’emploie, le contrat temporaire, CDD, pigiste, est le subalterne de la fonction qu’il exerce : une espèce de sous journaliste, qui plus est, méconnaît totalement ses droits.

La manière dont cet ajustement de l'emploi, plus que discutable, s'est opéré à la crise qui sévit depuis 2008 témoigne de façonflagrante de cette fragilisation de la profession de journaliste.

L'emploi intérimaire en France s'est fortement contracté aupoint de représenté 53 % ( 231 000 sur 437 000) des emploisdétruits entre le 1er avril 2008 et le 30 juin 2009. Ce sont lesjeunes qui souffrent en priorité de cette situation, sans négligertous les journalistes, qui se retrouvent désormais au chômage aprèsles nombreux PSE qui ont frappé plusieurs grands groupes de presseou d'audiovisuel durant ces deux dernières années.(2)

Le métier de journaliste connaît aujourd'hui un déclassement incontestable.

L'emploi des jeunes journalistes, dont les 14% qui sortent d'écoles de journalisme, subit de profondes mutations,essentiellement depuis près de 15 ans (3) . Comme de nombreuses professions du reste, le journalisme voit une forte baisse des taux d'activité et l'augmentation massive du niveau de formation du côté de l'offre du travail, recrutement en berne des débutants et un accroissement constant des exigences en termes de qualification et de compétence du côté de la demande.

Ce phénomène de déclassement peut aussi contribuer à mieux expliquer les évolutions des différentiels de salaire, notamment selon l'âge et le diplôme. L'accroissement des inégalités de rémunération entre jeunes et adultes et entre adultes et femmes [4] est renforcé par la précarisation du contrat de travail.

Victimes d’un système qui abuse l’Assedic

Pour être réembauchée au sein d'une grande rédaction parisienne de la presse magazine, Valérie, n'ignore pas l'élément de premier ordre. Son talent ??? eh, bien non. Employée d'août à mi-mai, elle est dans l'obligation de pointer trois mois au chômage pour être reprise par son chef de service.

Cette période s’appelle le temps de carence, qui à la base on l'imagine a été pensé par le législateur pour dissuader l'employeur de « virer » un bon élément et encourager à l'embaucher durablement, en CDI.

La période de carence, en effet, doit être égale au tiers de la durée du contrat déterminé en droit, mais souvent l'entreprise de presse ferme les yeux et n'est pas très scrupuleuse.

Le code du travail prévoit deux types de CDD. L’un dit de droit commun qui ne peut être renouvelé sauf si un temps de carence est respecté. L’autre dit d’usage que l’on peut renouveler plusieurs fois sans contraintes. Dans tous les cas, le CDD ne peut pas être pourvu pour un emploi qui correspond à une activité permanente et normale de l’entreprise. Pourtant cette dernière irrégularité est monnaie courante des groupes de presse.

« Je suis victime d’un système qui abuse l’Assedic. », déclare Valérie. Diplômée du CFPJ (Centre deformation pour journaliste), elle n’est jamais sûre d’être reprise et encore moins sûre de se voir propose un emploi stable.

« Maintenant, j’en ai marre. A 32 ans, j’ai envie d'obtenir un CDI, de me poser. Notre génération est-elle celle du sans lendemain ? Comment envisager de construire un famille ? J'adore mon job, mais je déplore que ce métier m’oblige à vivre la précarité. Il y a des jours, je me dis que je vais faire autre chose. Non pas par manque d'intérêt, mais parce que je ne gagne pas correctement ma vie... J'ai une consoeur, Bac +5, qui après ces piges est serveuse dans un bar... Franchement vous croyez que c'est l'idéal ? Tout ça pour gagner un peu plus que le smic ! »

Les syndicats dejournalistes mobilisés face à la crise

Une problématique quedénonce en l'occurrence le Syndicat général des journalistes-FO (leSGJ-FO).

« A l'AFP, derrière la façade respectable de l'agence mondiale, se cache une réalité bien moins glorieuse : le recours de plus en plus systématique et durable à une armée de précaires, CDD, pigistes et autres contrats de droit local à l'étranger »,déplore Daniel Di-Luca, Sécrétaire général du syndicat, dans la dernière publication du SGJ, La Morasse.

La section du SGJ-FO àl'AFP, qui a réuni récemment une trentaine de précaires, sur plusd'une centaine recensés pour faire le point sur leur situation etentendre les revendications, « fait ducombat contre cette précarité institutionnalisée une de sespriorités ».

« Cette situation est malheureusement, une constante dans notre métier », explique Fabienne Chiche, membre du Bureau national du SGJ-FO chargée de la jeunesse et de la formation. « L'AFP, n'est pas la seule boîte à exploiter la jeunesse, et les moins jeunesd'ailleurs, en détournant régulièrement le recours aux contratsdérogatoires, le Monde, le groupe PrimaPresse »..., ajoute la syndicaliste, « Nos sections font appel de plus en plus régulièrement à l'Inspection du travail, notamment au travers des plans de résorption de la précarité, pour constater ces méfaits . A l'AFP, certains jeunes journalistes sonttoujours en CDD quatre ou cinq ans après avoir obtenu leur premiercontrat, enchaînant de façon très aléatoire les contrats, souvent entrecoupés de longues périodes de carence. Et ne parlons pas des contrats de droit local où ces journalistes bénéficient de conditions sociales majoritairement inférieures à celles de leurs collègues de droit français en CDI, alors qu'ils font le même travail. Il est pourtant admis dans la profession que des CDI soient remplacés par des CDD. De plus les employeurs entretiennent le flou. Il est donc très difficile de faire la part entre légal et illégal.  » Une précarité entretenue avec soins par ces groupes de médias, qui finalement contribuent sérieusement à la crise et ne jouent pas la carte de la relance de l'économie par l'emploi ». 

Pour le SGJ-FO « ces situations ne peuvent plus durer, notre syndicat exigent de ces entreprises la requalification immédiate en CDI du contrat de ces journalistes précaires, pigistes, CDD... », déclare le secrétaire général de SGJ-FO.

Réduire cette précarité, traquer les contrats douteux et obliger les employeurs à requalifierun certain nombre de CDD en CDI, c’est le travail des syndicats dejournaliste face à des groupes de presse de plus près de leursprofits.

La situation de la presse écrite est désormais des plus difficiles, non pas par son aspect financier, car beaucoup d'entreprises de presse se portent plutôt bien, mais face à des direction plus agressives à l'égard des journalistes... Ces directions sont moins proches des rédactions et plus proches de leurs profits, à l'instar du premier groupe de la presse régionale dirigé maintenant par le Crédit Mutuel.

Il est donc facile de démontrer que les journalistes sont eux aussi victimes d' une formede déclassement renforcé par une politique de rigueur patronaledont l'impact direct est la dégradation des contrats de travail et des formes d’emploi qui interdit toute projection dans l’avenir.

Les syndicats patronaux de la presse mettent souvent en cause un pessimisme exagéré desresponsables syndicaux. Cette stratégie est une fuite en avant detoute une population de rentiers qui n'osent finalement pas analyseren profondeur la réalité et revenir, peut-être, sur une idéologie néolibérale d'organisation des médias prônée durant ces trois dernières décennies.

Dans les année 1970, les inégalités sociales étaient fortes néanmoins un compromis salarial existait permettant aux salariés d'entrevoir à court terme une amélioration de leurs conditions de vies et de celles de leurs enfants.

Actuellement, parce que les salariés, et le journaliste est un salarié, ne sont pas une priorité pour les financiers néolibérauxle déclassement est une réalité vécue par toute une génération, victime de la précarisation, entretenue au profit des seuls actionnaires.



Le Syndicat Général des Journalistes FO organise le 3 Février 2011 à la Bourse duTravail à Paris, Métro République 10e, une mobilisation nationale destinée aux pigistes.

 

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(1) [Jean-Michel Bonvin, Professeur à la HES-SO, Lausanne,Pascale Vielle, Professeur à l'université de Louvain// Revue del'IRS]. (2) [Yves Chassard, conseil d'analyse économique, etJean-Yves Kerbourc'H, professeur à l'université deHaute-Alsace].(3) [source INSEE].[4] Baudelot, Gollac (1997), Ponthieux (1997)) (Baudelot,Glaude (1989),Goux Maurin (1995).

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28.12.2010 | Lien permanent

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